Le paradis ferme ses portes

Nous souhaitions passer la main en douceur, nous avions trouvé un porteur de projet motivé, nous en étions tous heureux , nous y avons tous cru. Mais voilà.

Flashback : la réalité d’un café concert tout neuf en rase campagne.

Vaille que vaille, nous étions solidement solidement accrochés au bastingage. Le Baradoz, café concert associatif posé sur l’océan du grand nulle part – mais un phare à 15 minutes : Lannion, espoir ! – , montait doucement et sûrement sur la vague.

Les premiers mois nous avons fait le tri : exit les piliers de comptoirs, place à un public motivé par autre chose que la boisson et le « on est chez nous! ». Chute momentanée de la recette : moins ça picole, moins ça rentre. Mais bienvenue aux femmes seules qui n’avaient plus peur de venir, et aux familles. La casse fut minime : une seule bagarre en un an d’existence, au démarrage.

Nous n’étions pas du métier. Il a fallu tâtonner, tester diverses formules, divers horaires.  Ouvrir en semaine hors saison? Bonjour les recettes à 5 €/jour. Nous avons testé 4 mois durant. Verdict : déprimant. Personne ne prend la voiture pour simplement boire un verre dans un petit bourg de moins de 300 habitants. Et simplement servir à boire n’a jamais été la vocation du Baradoz.

Pas d’animation, de programme ? pas de recette ! La règle est rude mais simple. Après un automne terne, quelques ratés, un hiver animé par le village de Noël à Kéraudy et la vente de chocolats et de vin chauds tous les jours de la semaine, nous nous sommes concentrés sur les fins de semaine à partir de mars.

Le projet original de lieu de vie associatif s’est recentré sur l’une de nos passions, la musique.

En juin nous étions à l’équilibre  – précaire : il rentrait enfin moins d’eau que nous n’en écopions (il était temps, chaque mois nous en étions de notre poche et la dette se creusait). Grâce à une programmation culturelle dense : 2 concerts par weekend.

Et des efforts de communication sans relâche – l’équivalent de 2 jours pleins de travail par semaine et par personne (à deux, soit 4 jours en tout) à consacrer à la communication. Une moyenne de 40 affiches par concert, à concevoir, imprimer et coller à 30 mn à la ronde (jusqu’à  200 km de trajet par semaine rien que pour ça), les programmes publiés sur Tyzicos, Le Cri de l’Ormeau, Le Trégor, Le Télégramme, Ouest France, une page Facebook bien alimentée, toujours à jour, deux campagnes publicitaires hebdomadaires sur Facebook (payantes), un site internet performant parfaitement référencé (notre autre métier). Ouff …

On confirme : le bouche à oreille c’est bien, mais la com’ c’est vital, le nombre d’habitués allait croissant.

Tenir un tel établissement, c’est un style de vie. 7 jours sur 7, 24h sur 24 dans le même bâtiment. Sans jamais aucun weekend pour soi. Des vacances qui sautent. Déconseillé aux familles (notre cas).

Et tout ça en bénévolat prolongé, sans lumière au bout du tunnel à moins de 3 ou 4 ans d’engagement (la mairie n’avait pas tort : jamais personne n’avait gagné sa vie en ce lieu avant nous).

D’où l’envie de passer la main, malgré le sentiment d’être sur la bonne voie. C’était çà ou le préavis. Du moins pouvions nous être fiers de transmettre un bateau à flot, encore fragile mais lancé.

Profil requis : un projet, un peu d’inconscience, beaucoup de folie. Accessoirement, un amour immodéré pour la musique, la volonté d’accueillir les musiciens et le public autrement que dans un bar en quête d’animation.  En résumé, poursuivre la création d’une vraie scène musicale. Et apporter un plus susceptible de faire la différence en termes de recettes, comme une offre de restauration que nous n’étions pas à même d’assurer en permanence.

Début juillet, nous avions trouvé l’oiseau rare, grâce à qui le Baradoz a pu ouvrir tous les jours cet été et écluser en grande partie les dettes accumulées au démarrage. Deux mois plus tard, après avoir passé sa formation obligatoire avec succès et obtenu son autorisation de gérer une licence 4, à quelques jours du changement de statut de l’association pour lui passer la barre, il s’est montré plus conscient et moins fou que nécessaire.

Quelque part, on le comprend …

Hasta la vista et bon vent Yanier. Nous t’aimons beaucoup et te souhaitons le meilleur dans tes futurs projets.

Quant au Baradoz, le vent l’emportera.

Merci infiniment à Soizig, amie aimée très chère, bénévole – comme nous – de tous les concerts, sans qui l’aventure des concerts n’aurait pu se vivre avec fluidité, merci à tous les musiciens passés chez nous, Les Copains de la Lune, les Olyfan (plein de fois), Les Fils de la Mouche (trois fois), A Bout de Souffle, Ronald, Teck & Oleg Trio, Les Fous de Bastringue, Dik Banovitch, Major Tom, Coast Ar Jazz,  Quentin Prigent et Marcos Molina, Ycoz, Georges & Jacques Vignelles et leurs amis, le jeune et prodigieux Yossane, Thibault Vaneck, L’Amanite Trio, Tranche de Vie, Positiv’O, Sunyata, Rue du Quai, Gwenn, Hue Dada, RN 12, Avis de tempête, Celestino Lopez, Les Barons d’Comptoir et Moulkawa, Howlin’ Rooster, Isabelle Landreville et Thierry Clouette, Cluricaune, Angie Palmer, les Aquoibonistes, Princesses Gérard, la Petaquita, Havanera Trio, Jazz’am Quartet, Pas d’nom pas d’maison, Yvon Q et les autres ….

Merci à toutes les amies, les amis, les vrais, de cœur, que nous connaissions déjà et qui sont régulièrement venus nous soutenir, et à tous ceux que nous nous sommes faits durant cette aventure, Olivier, Françoise, Coco, Eva, Gordon, Georges, Jacques, Isa, D’jo, Denis du comité des fêtes et tous les musiciens qui ont provoqué le bonheur de faire la fête, venus pour certains depuis Marseille ! On vous aime ! Si on en oublie, c’est l’émotion, pardonnez-nous.

Merci au public !

Merci à Jean-Paul, une pensée pour François, qui n’est plus.

Lydia & Gilbert